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77ème anniversaire de l’appel du 18 juin: Macron au Mont Valérien – vidéo

Emmanuel Macron : le chef de l’État préside ce dimanche la cérémonie au Mont-Valérien à l’occasion du 77e anniversaire de l’Appel du 18 juin 1940. Emmanuel Macron sera en présence de la ministre des Armées, Sylvie Goulard. Après Oradour-sur-Glane, le 10 juin dernier, le président de la République poursuit son entrée dans la geste mémorielle nationale.

Il y a 77 ans a été lancé l’appel du 18 juin 1940 lancé par de Gaulle. Quels sont les éléments du contexte ?

Le général de Gaulle est venu de Bordeaux en Angleterre par avion, le 17 juin tôt le matin, accompagné du général Edward Spears, agent de liaison personnel de Churchill auprès du gouvernement français.

Celui-ci témoigne de leur première démarche commune : « Le jour même de notre arrivée à Londres, je conduisis de Gaulle chez Churchill, au numéro 10 Downing Street. Une des premières choses qu’il lui demanda fut l’autorisation de parler à la France par la BBC, ce que le Premier ministre lui accorda sans un instant d’hésitation. Churchill obéit sans doute à l’impulsion généreuse de donner satisfaction à ce Français, fugitif et solitaire, qui demeurait fidèle à notre cause, mais il pensa aussi certainement que le simple fait d’une voix française, éloquente, appelant à la résistance, pouvait éveiller des échos inattendus. »

Contrairement à une idée répandue, le général de Gaulle a bien enregistré à la BBC son appel aux Français, le 18 juin vers 18 heures, sans doute sur un disque de cire. L’allocution n’a en effet été diffusée qu’à 22 heures le 18 juin et rediffusée plusieurs fois le lendemain. Simplement, le disque n’a pas été conservé…

Les versions de l’appel du 18 juin 1940

En fait, il existe plusieurs sources disponibles et donc plusieurs versions de l’appel du 18 juin 1940. La famille De Gaulle, tout d’abord, conserve les quatre feuillets du manuscrit original, de la main même du Général et authentifié par lui dans un coin du quatrième feuillet. Ce manuscrit, passablement raturé, a sans doute été rédigé le matin même, puis dactylographié par Élisabeth de Miribel afin de transmettre le texte au cabinet de guerre britannique.

Le texte officiel, qui diffère du manuscrit sur un point, est celui qui figure dans le tome premier, « L’Appel », des Mémoires de guerre de Charles de Gaulle, publié en 1954, quatorze ans après la radiodiffusion de l’Appel. Il s’ouvre ainsi : « Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat. » C’est la version dont la presse britannique publia la traduction le 19 juin, à la demande du général de Gaulle, et qui fut diffusée par le bureau londonien de l’agence Havas et dans le Bulletin officiel des Forces françaises libres en août 1940.

Or, dans le quotidien marseillais Le Petit Provençal du même 19 juin (voir l’article reproduit ci-dessus, avec l’erreur sur l’orthographe du nom du général – un acte manqué hautement symbolique), le discours, tel qu’il a été « communiqué » par la BBC, débute autrement : « Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions pourrait cesser le combat. Il a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité, à l’indépendance de la France, la lutte devrait continuer. »

Il y a quelques années, a été retrouvé un document d’époque des services d’écoute de l’armée suisse, qui retranscrivaient à Berne les émissions radio étrangères, dont la BBC. Nous avons maintenant la confirmation que l’Appel réellement diffusé présente plusieurs différences avec le texte officiel. Soit à la demande du cabinet de guerre, soit de sa propre initiative, de Gaulle a amendé son texte, dans un sens plus mesuré à l’égard du gouvernement de Pétain, en paraissant lui accorder le bénéfice du doute.

Même ainsi adouci, l’Appel est un geste inaugural à plusieurs titres : il demeure à la fois le premier refus public de l’armistice, le premier appel public à la résistance française et la première prestation médiatique d’éclat du général de Gaulle – la première d’une longue série…

Il place d’emblée l’enjeu de « la bataille de France » (il reprendra l’expression le 6 juin 1944) dans la perspective d’une guerre mondiale et durable. Là où Pétain dans son discours du 17 juin annonçait la fin des combats, de Gaulle élargit la vision dans l’espace (l’empire français, l’empire britannique, les États-Unis) et dans le temps : il proclame que rien n’est fini, que ce n’est qu’un commencement. « À quarante-neuf ans, écrira-t-il dans ses Mémoires de guerre, j’entrais dans l’aventure comme un homme que le destin jetait en dehors de toutes les séries. »

Il annonce en fin de son allocution du 18 juin qu’il parlera le lendemain « à la radio de Londres ». Or, si les Mémoires de guerre donnent le texte d’une allocution du 19 juin (« Moi, général de Gaulle, soldat et chef français […], au nom de la France, je déclare officiellement ce qui suit… »), on sait désormais qu’elle ne fut pas prononcée, voire qu’elle fut rédigée trois ou quatre jours plus tard.

En fait, de Gaulle ne put s’adresser de nouveau aux Français par le truchement de la BBC que le 22 juin, après l’annonce de la signature de l’armistice (« J’invite tous les Français libres à m’écouter et à me suivre. »), puis les 24, 26 et 28 juin. Le discours du 22 juin est le premier discours du Général dont l’enregistrement sonore a été conservé. Il faudra attendre un reportage des actualités cinématographiques British Paramount News pour avoir les premières images filmées de De Gaulle depuis le 17 juin 1940, avec un extrait d’un texte du 2 juillet 1940, non radiodiffusé.

 

Les autres 18 juin, de 1941 à 1944

Dès le 18 juin 1941, le général de Gaulle instaure la commémoration de l’appel de 1940 et de la naissance de la France libre. Il choisit avec soin, chaque année, le lieu, l’auditoire et le thème du discours anniversaire. Le 18 juin 1941, il s’exprime devant le Comité national français d’Égypte au Caire – la BBC rediffuse le discours : « Le 17 juin 1940 disparaissait à Bordeaux le dernier gouvernement régulier de la France. L’équipe mixte du défaitisme et de la trahison s’emparait du pouvoir dans un pronunciamento de panique. Une clique de politiciens tarés, d’affairistes sans honneur, de fonctionnaires arrivistes et de mauvais généraux se ruait à l’usurpation en même temps qu’à la servitude. Un vieillard de 84 ans, triste enveloppe d’une gloire passée, était hissé sur le pavois de la défaite pour endosser la capitulation et tromper le peuple stupéfait. Le lendemain naissait la France Libre. Une année a passé, dans le combat, la douleur, l’espérance. Pas un seul jour nous n’avons cessé de marcher vers le but que nous a fixé le devoir : faire rentrer dans la guerre l’empire et la France, pour libérer la patrie et contribuer à sauver la liberté du monde. […] Surtout, nous avons ranimé l’esprit de résistance de la France et rassemblé les espoirs d’une immense majorité nationale. […] Par-dessus tout, nous resterons fidèles à la France, à son honneur, à sa grandeur, à sa destinée. La France, avec nous ! ».

Un an plus tard, de Gaulle prononce son discours du 18 juin dans le cadre solennel de l’Albert Hall de Londres, devant les Français de Grande-Bretagne : « […] En fait de passion, nous n’en avons qu’une : la France ! […] Les millions d’entre nous qui restent debout […] ne veulent rien que servir la France, ne rêvent que de lui être fidèles. […] Puisque la date d’aujourd’hui est un anniversaire, nous userons de l’occasion pour définir ce but, une fois de plus. Nous n’avons jamais admis que la France fût sortie de la guerre. Pour nous, la défaite dans la bataille de 1940, le soi-disant armistice, la prétendue neutralisation de nos forces et de nos territoires, l’abdication dans la panique et sous la menace, au profit d’un pouvoir personnel, de ceux qui avaient reçu du peuple mandat de le représenter, les atteintes portées aux institutions, aux lois, aux libertés de la République française par d’impudents usurpateurs, la violation de nos alliances pour le compte de l’envahisseur, ne sont que des péripéties effroyables certes, mais passagères, dans la lutte que la France mène, depuis bientôt trente années, à l’avant-garde des démocraties. […] Nous voyons les masses du peuple français se rassembler dans la résistance, au point que l’ennemi et les traîtres redoublent leurs brutalités et multiplient leurs mensonges pour prévenir la vengeance. En vain, d’ailleurs, car la France qui combat ou qui s’y apprête forme un tout indivisible aussi large que la nation. […] L’unité nationale n’est que dans la lutte, dans la fierté, dans la victoire et, pour nous, qui avons choisi la lutte, la fierté, la victoire, refaire, en combattant, l’unité nationale est le premier de nos buts. Cependant, il est un élément qui, dans ces terribles épreuves, s’est révélé à la nation comme essentiel à son avenir et nécessaire à sa grandeur. Cet élément, c’est l’empire. […] Puisque la France a fait entendre sa volonté de triompher, il n’y aura jamais pour nous ni doute, ni lassitude, ni renoncement. Unis pour combattre, nous irons jusqu’au bout de notre devoir envers elle, nous irons jusqu’au bout de la libération nationale. Alors, notre tâche finie, notre rôle effacé, après tous ceux qui l’ont servie depuis l’aurore de son histoire, avant tous ceux qui la serviront dans son éternel avenir, nous dirons à la France, simplement, comme Péguy : “Mère, voyez vos fils, qui se sont tant battus”. »

Le 18 juin 1943, le Général parle depuis Alger, où il s’est installé depuis le 30 mai : « […] C’est alors que la capitulation et l’usurpation, étayées de tous les artifices d’une affreuse propagande et de toutes les mesures imaginables de répression, prétendirent séparer la France de l’honneur, de la victoire et de la liberté. Mais, c’est alors aussi que l’effort de la France combattante et de tous ceux qui s’incorporèrent à elle, au-dedans et au-dehors du sol national, maintint notre patrie belligérante par ses forces, ses territoires et son âme, aux côtés de ses alliés. Désormais, le débat français était bien circonscrit à la lutte entre deux conceptions. D’une part, l’acceptation de la défaite et de la servitude avec leurs conséquences, y compris – chose honteuse – la collaboration avec l’ennemi ; de l’autre, la guerre dans l’indépendance, la volonté de demeurer libres, la fidélité aux engagements de la France. Bref, d’une part Vichy, de l’autre la croix de Lorraine. Tout devenait alors très simple et, entre ces deux conceptions, il n’y avait évidemment aucune conciliation possible. […] Rien ne pourra désormais rompre le grand rassemblement de nos âmes. Le peuple français s’est décidément constitué en un bloc, contre lequel nulle souffrance et nulle propagande ne sauraient plus prévaloir et qui a jugé, une fois pour toutes, ce qu’il vaut lui-même et ce que valent les autres. […] Cette union, les Français l’ont faite, d’abord, pour leur propre salut ; mais, en la faisant, ils savent qu’ils rendent le plus grand service possible à la cause des nations au milieu desquelles ils se battent. Certes, nos buts sont l’écrasement de l’ennemi, la libération du territoire, la rénovation nationale par la démocratie et dans la liberté. […] Mais ce n’est pas pour nous seulement que nous entendons lutter et souffrir jusqu’au triomphe final et complet. Nous voulons que notre effort soit, demain, comme il l’était hier, la part de la France dans l’effort commun. […] À présent, rien n’empêchera le destin de s’accomplir. […] C’est une France sanglante, mais c’est une France rassemblée, consciente de ce qu’elle devra aux autres, mais consciente aussi de ce qui lui est dû, qui sera demain, à sa place, parmi les vainqueurs. »

En 1944, toujours à Alger où il vient de rentrer de son voyage à Londres et de sa visite le 14 juin à Bayeux sur le sol français libéré, de Gaulle prononce son discours du 18 juin devant l’Assemblée consultative. Il revient sur le sens profond du 18 juin 1940 : « […] Si l’appel du 18 juin 1940 a revêtu sa signification, c’est simplement parce que la nation française a jugé bon de l’écouter et d’y répondre, c’est parce que, malgré ses malheurs, l’honneur, la victoire, la liberté, demeuraient au fond de son instinctive volonté. Tant il est vrai que rien ne vaut, excepté de lui obéir. […]L’effort de la France, pour se redresser sous le poids des armes de l’ennemi, est un effort sans exemple. S’il est vrai que la coalition, tardivement mais enfin accomplie, des grandes forces de la liberté apporte désormais à la France la possibilité du salut, comme réciproquement son sacrifice d’hier et son concours d’aujourd’hui leur permettent maintenant de triompher à côté d’elle, il n’est pas moins évident que la phase suprême de la lutte comporte pour elle, encore une fois, les sacrifices les plus grands sans lui assurer toujours la compréhension des autres. Mais le rassemblement national pour la guerre et pour la grandeur que symbolise cet anniversaire a été accompli en toute connaissance de cause. Les Français, à mesure qu’ils l’ont réalisé, pas à pas, jusqu’à son terme, avaient bien mesuré quelles difficultés immenses cette entreprise comportait pour leur pays. Vieux peuple façonné par les leçons d’une dure Histoire, ils n’ignoraient pas combien il est pénible de remonter la pente de l’abîme. […] Si les obstacles qui lui [la France] barraient la route, le 18 juin 1940, ne l’ont pas empêchée de se remettre en marche, comment ceux qu’il lui reste à franchir pourraient-ils maintenant l’arrêter ? C’est qu’en effet, voici qu’elle voit paraître, avec l’aube d’une victoire dont elle ne douta jamais, le renouveau qui lui permettra d’ajouter quelque chose encore à tout ce qu’elle fit pour le monde. »

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