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Comment la crise du Golfe forge la stature internationale de Macron

Le président à qui tout semble sourire tant ses premiers pas de chef d’Etat sont applaudis de toute part, entend bien, comme il l’avait annoncé, se concentrer sur le domaine dit réservé du chef de l’exécutif, dont la diplomatie est l’un des attributs majeurs.

C’est d’ailleurs sur la scène internationale, et non européenne, qu’Emmanuel Macron était attendu au tournant, car pour cet europhile convaincu, parler à Berlin d’intégration européenne ou à Londres de Brexit relève plus de l’exercice de style que du casse-tête diplomatique.

Depuis sa désormais célèbre « maladresse » de campagne en Algérie, où il avait assimilé la colonisation à un crime contre l’humanité, ce qui lui avait valu de s’attirer les foudres des harkis, les aptitudes de ce président en matière de politique étrangère semblaient ne pas faire l’unanimité, en témoigne par ailleurs un désintérêt apparent pour les questions internationales au cours de la campagne.

Le choix de Jean-Yves Le Drian au Quai d’Orsay, reconnu pour son sérieux et sa connaissance profonde des dossiers internationaux après cinq ans à la Défense sous le quinquennat de François Hollande, avait permis de rectifier le tir et donné une certaine crédibilité à l’action diplomatique du président fraîchement élu.

La poignée de main virile avec Donald Trump en marge du G7 et le bras de fer avec Vladimir Poutine à Versailles sur les organes de  »propagande » russes avaient aussi contribué à redorer l’image d’un président dont on se demandait s’il avait le charisme pour affronter les « durs » de ce monde.

Le président français Emmanuel Macron et son homologue russe Vladimir Poutine lors d’une conférence de presse au Château de Versailles, le 29 mai 2017  CHRISTOPHE ARCHAMBAULT (AFP)

Coups de communication millimétrée ou réelle volonté de s’imposer comme un acteur majeur de la scène internationale? La stratégie Macron en matière de politique étrangère semble s’affiner.

Si c’est à Berlin, comme convenu, que le président a effectué sa première visite officielle, c’est au Maroc, plus intéressant, qu’il a accordé le privilège de son premier déplacement hors Union européenne.

Au coeur de la rencontre entre le chef d’Etat français et le roi Mohamed VI mercredi, la mise au ban diplomatique du Qatar par ses voisins du Golfe et autres Yémen et Egypte.

Depuis l’éclatement de cette crise diplomatique le 4 juin, Paris s’est imposé comme un médiateur central et a notamment participé à des entretiens téléphoniques avec le président turc Erdogan et l’émir du Qatar al-Thani, dont rien n’a fuité pour l’heure.

Et si Erdogan défend ouvertement son allié qatari, Macron lui adopte une position plus nuancée, comme à son habitude: celle du « en même temps ».

Il appelle à la désescalade et s’entretient avec Doha tout en annonçant qu’il rencontrera prochainement un haut dirigeant des Emirats Arabes Unis à Paris.

Le président français Emmanuel Macron, le 14 juin 2017 à Rabat Fadel SENNA (POOL/AFP)

L’Elysée a aussi indiqué mercredi soir que Macron rencontrera séparément d’ici fin juin l’émir du Qatar et le prince héritier d’Abou Dhabi à Paris afin de parvenir à une “désescalade”, selon le communiqué. Ce qui semble être le premier signe d’un possible apaisement entre les parties.

Cette médiation française apparaît comme centrale alors que cette crise diplomatique mobilise l’attention du monde entier et a des incidences majeures au Proche et Moyen-Orient.

En cause le rapport de force entre sunnites et chiites, représentés par Riyad d’une part et Téhéran d’autre part mais aussi le futur du Hamas, dont Doha est l’un des principaux bailleur de fonds et qui pourrait se retrouver asphyxié financièrement si l’émirat venait, comme lui demandent ses voisins du Golfe et l’Egypte, à couper les ponts avec l’organisation ainsi qu’avec toute autre mouvement terroriste.

Au même moment, le chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian effectuait mardi une visite en Algérie, un partenaire sur qui il compte pour la lutte antiterroriste et un acteur central dans le projet annoncé par Macron de nouveau partenariat entre Europe, Afrique et Méditerranée. Macron lui-même devrait se rendre à Alger dans les prochaines semaines.

L’ascension politique fulgurante du jeune président serait-elle en passe de connaître un sort similaire sur la scène internationale? Les défis demeurent mais un règlement de la crise du Golfe par Paris constituerait une première victoire de taille en début de quinquennat.

Marion Bernard est journaliste, rédactrice en chef du site internet en français d’i24NEWS (Twitter: @marionbernard28)  www.i24news.fr

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