You are here: Home » elbez » État actuel du cimetière juif de Batna (Algérie)

État actuel du cimetière juif de Batna (Algérie)

Les 6 et 7 avril derniers, j’ai eu l’occasion avec mon épouse de passer deux jours à Batna, ville de 250 000 habitants, située entre Constantine et Sétif, dans l’est algérien. Mon hôte me parle de la communauté juive de Batna qui a totalement disparu aujourd’hui.

Lors de notre parcours en voiture dans la ville, il me permet, sans nous arrêter, de photographier les deux synagogues, proches l’une de l’autre. La première est la plus ancienne et aujourd’hui inhabitée, la seconde, jamais utilisée, a été construite en 1960, peu de temps avant l’indépendance algérienne et le départ de la communauté ; elle est aujourd’hui devenue une bibliothèque « fermée » où l’on stocke des livres.

cimetiere de Batna 4

Le cimetière juif, protégé par des barbelés au dessus des murs, jouxte le cimetière chrétien. Un muret les sépare. Alors que le cimetière chrétien, dont l’entrée est gardée par une gardienne, est dans un état acceptable et comprend l’ancien monument aux morts de Batna, le cimetière juif est visiblement à l’abandon, envahi par les herbes folles. J’ai pris quelques photos du cimetière juif.

cimetiere de Batna 1

cimetiere chrétien et juif de batna
Je ne connaissais pas Batna durant ma vie en Algérie. J’ai découvert cette ancienne garnison militaire, et je tenais, en allant sur les traces de cette communauté, à avoir une pensée pour ceux qui ont habité cette ville et qui l’ont aimée.

Fabien Squinazi 12/04/2013

Bref historique de la communauté juive

La population juive a été beaucoup plus perméable aux influences françaises que les musulmans. À partir de 1860-70, la jeunesse s’habille majoritairement à l’européenne, les prénoms aussi évoluent: les prénoms français remplacent les prénoms hébraïques ou arabes qui sont désormais portés en deuxième position. L’usage du français remplace celui de l’arabe comme langue courante chez les Juifs
Cette assimilation au modèle français, bien que plus marquée qu’en Tunisie ou au Maroc, n’est cependant pas aussi poussée que celle s’opérant chez les Juifs de métropole. Ainsi, très peu de mariages mixtes sont contractés, et les Juifs restent un groupe distinct au sein de la population bénéficiant de la citoyenneté française en Algérie. De même, la pratique religieuse des Juifs algériens est restée globalement plus importante que celle des Juifs de l’hexagone de la même époque.
Les écoles, le théâtre, l’hôpital, les cinémas, les jardins, les routes, les installations sportives, les immeubles d’habitation et d’administration, la gare, etc., s’y sont développés et ont été bâtis pendant cette période et restent fonctionnels à ce jour. Il y avait aussi un aéroport de l’armée à Batna qui devenait de plus en plus stratégique du point de vue économique et militaire.
La décision d’abroger le décret Crémieux est prise le 7 octobre 1940 par Vichy. Le 30, les lois sur le statut des Juifs d’essence antisémite s’appliquent en métropole comme en Algérie. Les Juifs d’Afrique du Nord ne subissent pas l’action génocidaire des nazis qui dévaste les communautés juives d’Europe mais ils sont cependant mis au ban de la société française d’Algérie pendant la durée des hostilités et certains d’entre eux sont internés dans des camps de travail dans le sud algérien.
Le philosophe Jacques Derrida a témoigné de cette période difficile pour les Juifs et leurs enfants:
« Les enfants juifs sont expulsés de l’école. Bureau du surveillant général: tu vas rentrer chez toi, tes parents t’expliqueront. Puis les alliés débarquent, c’est la période du gouvernement général (de Gaulle-Giraud) : les lois raciales maintenues près de six mois sous un gouvernement « libre ».» Agression contre le rabbin de Batna en 1955. Incendie dans une synagoge à Oran en 1956. Meurtre du rabbin Nedomah en 1956. Meurtre du rabbin de Médéa 1957 Projection d’une grenade dans une synagogue de Boghari, Bousaada. Saccage de la synagogue de la Kasba à Alger en 1961. Attentat dans les quartiers juifs en 1957, 1961 et 1962. : Oran, Constantine. Mort de deux enfants en 1962.

Quant à Batna, elle devient en 1957, le chef-lieu d’un département qui porte son nom. La mort de Cheikh Raymond Leyris (beau-père d’Enrico Macias), musicien de Maalouf et apprécié tant des juifs que des musulmans, assassiné par un algérien français le 22 juin 1961, constitua un tournant symbolique pour nombre de Juifs d’Algérie

famille elbez

Joël Guedj

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *