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Gracia Nasi la Senora: hommage à nos chères Mères, ces héroïnes par Haï Guedj

image  Ce chant de Chabbat est dédié à la Mémoire de notre chère Maman Hafsa Bat Messaouda GUEDJ Z’l qui aimait tant écouter les prières, elle buvait littéralement les paroles psalmodiées par les lecteurs, en particulier celles de mon Père Abraham Z’l. Elle nous a quittés le 16 Adar II 5765, cette année le jour anniversaire sera ainsi  le Chabbat 26 Mars 2016.
Elle distribuait des bénédictions à toute sa famille et ses amis !

benedictions

A la veille de la fête de  Pourim 5776, je voudrais relater l’histoire d’une Grande Dame juive- comme l’ont été nos Mères qui ont porté les enfants d’Israël-une Esther de l’époque de la Renaissance : Dona Gracia Nassi. Comment, celle qui s’est appelée tour à tour Béatriz de Luna, Dona Mendès, Hannah « Gracia » Nassi et, tout simplement, la Senora a-t-elle sauvé de nombreux juifs de son époque ?

Née au Portugal, en 1510 dans famille de conversos qui ont fui l’Espagne au début de l’Inquisition, elle porte le nom de Beatrice de Luna Miguez, la famille Nassi ayant du changer de nom. C’est une fille jolie, intelligente, attachée au judaïsme qu’elle pratique en cachette. Son frère est médecin du roi.
A 18 ans, elle épouse Francisco Mendez dont la famille a joué un grand rôle auprès des rois d’Aragon et de Castille. Francisco Mendez, de son vrai nom Semah Benveniste, est un grand homme d’affaires spécialisé dans le commerce des épices et des pierres précieuses. Bientôt la maison Mendès devient la première maison commerciale d’Anvers et d’Europe, créant des succursales où ils installent des parents et des amis, tous conversos. Francisco Mendès prête de l’argent au roi du Portugal, travaille avec les banques d’Allemagne.
En 1536, à la mort de son mari, Donna Gracia décide de quitter le Portugal, devenu aussi inhospitalier que l’Espagne ; elle emmène Reyna, son unique enfant, ses deux neveux, Joseph et Samuel, et quelques membres de sa famille.

A cette époque, Anvers le plus grand port du nord de l’Europe, attire les conversos de la péninsule ibérique.
Gracia va à Anvers où se trouve son beau-frère Diego qui dirige une branche de la banque des Mendez-Nassi. Elle va entretenir des relations suivies avec la plupart des cours d’Europe : celle de Charles Quint et celle de la régente des Pays-Bas. Rois et princes empruntent à cette banquière et utilisent sans scrupules le chantage de l’Inquisition. La famille Mendès est connue pour sa générosité, son sens de l’entraide.
Diego est en butte à la jalousie et l’hostilité des non-juifs. On le soupçonne d’être converso, il est inculpé, mis en prison, relâché après que Gracia ait versé de fortes sommes.
Diego meut en 1542 et Gracia se retrouve à la tête d’une des plus grandes fortunes d’Europe. Sa fille est convoitée par toutes les têtes couronnées d’Europe, mais Gracia refuse toutes les offres ; elle ne veut pas de mariage mixte !
Mais même là, l’Inquisition ne tarde pas à les rejoindre. Si bien que, eux qui ont fui leur pays pour recouvrer leur liberté perdue, se voient contraints de redoubler de précautions afin de paraître encore plus chrétiens qu’en Espagne même et au Portugal. L’Empereur Charles V, soupçonnant que quelque chose se trame, décide de saisir la fortune de la noble dame. Mais celle-ci, le gagnant de vitesse, réussit à quitter Anvers en 1549 avec sa fille, sa sœur devenue veuve, et sa nièce. Elle emporte avec elle le plus clair de ses biens.
Après un périple en Allemagne, un bref passage à Lyon, elle s’installe à Venise, en dehors du ghetto (puisqu’elle n’est pas juive officiellement) dans un hôtel particulier qui devient rapidement un centre d’accueil pour les réfugiés conversos. Pour des raisons sordides, sa sœur la dénonce comme judaïsante. Elle est arrêtée, ses biens mis sous tutelle. Grâce à l’intervention de Moise Hamon, médecin du Sultan et ami de sa famille, le Sultan la fait libérer en 1549, et l’invite à s’installer dans l’Empire ottoman.
C’est alors que son neveu, Don Joseph Nassi qui, ayant trouvé refuge en Turquie, était devenu ministre de Soliman le Magnifique, et donc l’un des hommes les plus influents d’Europe intervient, usant de sa grande influence auprès du Sultan. Ce fut chose facile ; ce dernier n’attendait qu’un prétexte, la concurrence des marchands de Venise gênant sa politique. Un émissaire spécial partit pour la République des Doges avec pour mission de présenter une requête pour la libération de la Dame et la restitution de sa fortune. Négociations et menaces de guerre alternent ; il faut deux ans avant que le Sultan n’obtienne satisfaction. Donna Gracia est enfin relâchée.
Béatrice réussit à s’échapper vers Ferrare, à l’ouest de Venise, où elle abandonne complètement son déguisement de convertie et embrasse ouvertement le judaïsme sous le nom juif de Doña Gracia Nassi. Elle soutient financièrement la traduction en ladino de la Bible de Ferrare et elle continue à aider les Juifs et les convertis. A la suite d’une épidémie de peste en 1551, on assiste à une vague d’antisémitisme telle que le duc de Ferrare décide d’expulser les juifs de son territoire.

 

Gracia 2

En 1553, Gracia arrive à Constantinople où elle est reçue comme un chef d’État.
Elle organise le blocus de la ville d’Ancône, placée sous l’autorité du pape. En 1555, le Pape fait condamner à mort les conversos revenus au judaïsme. Leurs biens sont confisqués, beaucoup parmi eux sont mis en prison, torturés ; vingt-six meurent sur le bûcher. Gracia demande au consul turc d’intervenir. Ce dernier obtempère et envoie un messager au Pape pour lui demander de libérer les prisonniers et de les dédommager des biens confisqués. Le Pape refuse. Poussé par Gracia, le Sultan décide de boycotter le port d’Ancône pendant une durée de huit mois. Depuis que les juifs vivent en Diaspora, c’est la première fois qu’ils ont accompli un acte politique pour se défendre !

Sur le plan personnel, Gracia accomplit le vœu de son mari : avec beaucoup de difficultés, elle fait transférer le corps de Francisco de Lisbonne à Jérusalem où il est inhumé dans la vallée de Josaphat. Sa fille épouse son propre cousin Don Joseph Nassi ce qui, de surcroît, évite la dispersion de la fortune familiale.
Soliman le Magnifique, lui donne le protectorat de Tibériade qui pourrait servir de refuge aux juifs fuyant l’inquisition. Elle finance la reconstruction de la ville ainsi que celle de Safed. Elle importe des milliers de moutons et d’arbres fruitiers afin de développer la région. L’entreprise connait un succès mitigé. Les juifs ottomans préférant rester dans les centres urbains plus développés de l’Empire, tels Constantinople, Izmir, Salonique ou Alep.

 

 

 

 

Pendant les douze années où elle s’occupe de la communauté juive de l’empire ottoman, elle participe au sauvetage des juifs d’Espagne et du Portugal, au rachat de juifs captifs, à la charité envers les démunis. Son argent ne sert pas seulement aux affaires, mais aussi à payer les faveurs des princes et à faire ouvrir le plus possible de portes aux persécutés. Elle aide des centaines de conversos à s’établir dans leurs pays d’adoption, et fait tout ce qu’elle peut afin de les mettre en mesure de revenir à la pratique ouverte de leur foi.
Donna Gracia fait édifier des synagogues, fond une yéchiva et des bibliothèques, et soutient, par tous les moyens, érudits et étudiants de la Torah. Elle fonde à Salonique un beth midrach, une institution de formation continue pour les rabbins.

Gracia 1

 

Elle meurt en Eretz Israël, certainement dans la région de Safed, vers 1569. Aujourd’hui encore pour les juifs de Turquie, la Señora (Senyora) reste vénérée et de nombreuses œuvres lui sont dédiées. Des tableaux, des médailles et, par-dessus tout, des communautés entières préservent le souvenir de cette bienfaitrice de génie.
» Quiconque entreprend de raconter les nobles actions et les rares vertus de Donna Gracia  » écrivait un érudit contemporain, Rabbi Isaac Abohab,  » devra écrire des volumes s’il veut lui rendre justice « .

©Joël Guedj

 

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