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Je trahirai demain, le testament de Marianne Cohn

Je trahirai demain, pas aujourd’hui

Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles !

Je ne trahirai pas.

Vous ne savez pas le bout de mon courage.

Moi, je sais.

Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.

Vous avez aux pieds des chaussures

Avec des clous.

Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.  Demain.

Il me faut la nuit pour me résoudre.

Il ne me faut pas moins d’une nuit

Pour renier, pour abjurer, pour trahir.

Pour renier mes amis.

Pour abjurer le pain et le vin.

Pour trahir la vie.

Pour mourir.

Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.

La lime est sous le carreau

La lime n’est pas pour le bourreau,

La lime n’est pas pour le barreau,

La lime est pour mon poignet,

Aujourd’hui, je n’ai rien à dire.

 Je trahirai demain

 

 

Marianne COHN dite Colin  (1922-1944)      

Poème écrit en cellule en novembre 1943

Marianne Cohn est née à Mannheim en 1922, dans une famille d’universitaires de gauche d’origine juive mais plutôt détachée de la tradition juive et fortement assimilée. Cette famille est bouleversée par l’irruption du nazisme. Entre 1934 et 1944, elle connaît plusieurs exils : la famille part pour l’Espagne, Marianne et sa sœur sont envoyées à Paris.
Dès 1941, la jeune Marianne entre en résistance puis participe à la construction du MJS (mouvement de la jeunesse sioniste). De septembre 1942 à janvier 1944, sous le pseudonyme de Colin, elle a pour tâche de faire passer des enfants juifs vers la Suisse. Arrêtée en 1943, elle est relâchée au bout de trois mois. C’est de cette période que l’on date – sans en être absolument sûr – la composition du poème « Je trahirai demain ».
Le 31 mai 1944, elle est à nouveau arrêtée à Annemasse (probablement dénoncée) alors qu’elle a en charge une trentaine d’enfants et que seulement 200 mètres les séparent de la frontière suisse.

Malgré la torture, elle ne livre aucune information à la Gestapo et refuse la proposition d’évasion de son réseau par crainte des représailles sur les enfants. Emmenée dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944 par la Gestapo, elle est assassinée à coups de bottes et de pelles.

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