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La révolte du sonderkommando d’Auschwitz-Birkenau par Joël Guedj – vidéo

Si l’insurrection du ghetto de Varsovie est devenue emblématique de la résistance juive à la barbarie nazie, on sait moins que dans la plupart des camps et ghettos, des juifs se révoltèrent aussi, outre Treblinka et Sobibor.

Ainsi, la révolte du Sonderkommando d’Auschwitz a été longtemps ignorée, sous-estimée, voire occultée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ignorée parce qu’aucun témoin oculaire n’a survécu, sous-estimée parce que peu de témoignages existent, et sont dans certains cas divergents, occultée enfin par certains pour présenter une image d’Auschwitz focalisée sur les victimes juives martyrisées.

Grâce aux recherches historiques, et notamment à la découverte en 1961 du manuscrit poignant de Zalmen Lewental enterré dans le sol du Crématoire, et d’autre part à divers témoignages et publications telles que l’ouvrage de Hermann Langbein, l’histoire de la révolte est maintenant accessible pour l’essentiel. De futures découvertes éventuelles préciseront peut-être les quelques points qui restent obscurs.

Rappelons que le secret de l’extermination entretenu par la propagande nazie, secret indispensable au déroulement de l’opération, s’étendait jusqu’au camp lui-même, ce qui est peu connu.

Détenu moi-même à Auschwitz I à l’époque, j’ignorais que quelques quinze pays envoyaient des trains de déportés à Birkenau et que fonctionnaient à proximité de vastes complexes de « crématoires » industriels. Je ne connaissais que le mot Krematorium dont le mystère m’angoissait.

Les membres du Sonderkommando (« équipe spéciale » affectée à l’incinération des cadavres, ici dorénavant désignée par SK) étaient eux-mêmes périodiquement exterminés en tant que « détenteurs de secret » et en étaient pleinement conscients.

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Pour pouvoir effectuer leur horrible tâche ‒ sans conteste la pire de toutes ‒ ils étaient bien nourris, à l’inverse de la plupart des détenus. Les résistants disposaient d’autre part, du fait du pillage des arrivants, de moyens de se procurer des objets utiles pour corrompre certains Kapos, voire des SS. Figuraient aussi parmi eux des résistants chevronnés, ainsi que plusieurs officiers russes, français et hongrois qui apportaient leur compétence militaire.

En ce mois d’octobre 1944, la situation du SK est particulièrement complexe.

Depuis le camp-souche dit Auschwitz I, un « groupe de combat » international dirige la résistance de l’ensemble de l’immense complexe concentrationnaire. Il prépare un soulèvement général coïncidant avec l’approche des forces soviétiques qui ont déjà libéré le camp de Maïdanek en juillet. Le « groupe de combat » agit en liaison étroite avec les organisations de la résistance polonaise très actives à l’intérieur et à l’extérieur, qui doivent participer au soulèvement.

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Elle éclate en octobre 1944, et constitue la dernière grande révolte. Les principaux coordinateurs furent Zalmen Gradowski 18, Josef Deresinski, Ala Gertner et Roza Robota.

La section Birkenau comprend les chambres de la mort, surnommée Auschwitz II, où les unités de travail spécial, lessonderkommandos, sont affectées aux chambres à gaz. À l’époque des convois en provenance de Hongrie, pendant l’été 1944, ces unités comportent mille hommes.

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Après le meurtre massif des Juifs de Hongrie, les nazis commencent à réduire les effectifs des sonderkommandos. Ceux qui font partie de cette unité savent que leur mort est proche.

Dès les débuts du camp, le réseau clandestin existe à Auschwitz. Ses initiateurs sont polonais, liés à la résistance extérieures 19. Le réseau s’organise en deux sections : la première,  composée d’officiers polonais et de membres de la grande résistance, fonctionne comme une entité nationale,  mais refuse les Juifs polonais.

La deuxième section comprend des radicaux, des socialistes, des prisonniers politiques, des Juifs et contribuent à former une organisation juive séparée, composée en grande partie de Juifs sionistes.

Le réseau organise la fuite des prisonniers. En 1944, il existe un lien étroit entre le réseau d’Auschwitz et des organisations militaires de l’extérieur. On envisage de préparer une révolte générale pour la libération du camp. La tâche du groupe juif, qui travaille dans les usines d’explosifs, « Union », est de voler de la poudre. À l’aide du réseau dans le camp des hommes et celui du sonderkommando, à Birkenau, on passe des quantités d’explosifs par les prisonniers travaillant dans le département qui s’occupe de la dernière étape, l’assemblage des bombes.

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Le groupe juif, à l’intérieur d’Auschwitz, réussit à joindre Roza Robota, du groupe de Birkenau, pour convaincre les femmes de faire aussi passer des explosifs et de les remettre aux hommes de l’organisation. À l’aide de gamelles à double paroi, la poudre arrive à Auschwitz I et à Birkenau. Le Sonderkommando peut ainsi utiliser ce matériel pour fabriquer des bombes.

Dans un document retrouvé à Auschwitz 20, Zalman Leventhal, Juif religieux, membre du sonderkommando, raconte l’état d’esprit qui règne pendant les préparatifs de la révolte. Leventhal juge sévèrement la Résistance internationale qui profite des services du commando mais qui, lorsque l’heure fatidique arrive, rejette la demande du sonderkommando d’ouvrir les hostilités.

Le plan se concentre autour des fours crématoires. Les prisonniers doivent faire exploser le four trois. À côté des fours deux et quatre, un combat commence contre les SS qui sont sur place. Le four quatre explose. Les prisonniers prennent le contrôle du territoire et commencent à courir vers les barbelés. Tout se passe en plein jour. Immédiatement, des milliers de SS sont alertés : ils mettent le périmètre du camp à feu et à sang, tuant ceux qui s’échappent. Un groupe de prisonniers réussit à percer le siège et à s’éloigner. Mais presque tout le sonderkommando est tombé dans un combat perdu d’avance.

Un petit groupe de survivants du sonderkommando est emmené au bunker, la prison du camp, pour être torturé. Les nazis apprendront l’origine du matériel explosif qui a servi aux révoltes. Des femmes seront arrêtées, dont Roja Rolvota. Elle subira de cruelles tortures, mais elle n’avouera rien. Le 6 janvier 1945, quatre femmes seront pendues publiquement : c’est la dernière exécution à Auschwitz-Birkenau.

Vont commencer alors, avant l’arrivée des alliés, les longues marches de la mort pour les derniers rescapés. Ce sont des opérations de regroupement des derniers déportés, qui feront des dizaines de milliers de victimes.

Aussi longtemps que cela a été possible, les nazis ont continué l’extermination dans les chambres à gaz. Ce n’est qu’en novembre 1944 que les trois crématoires restant en activité (le crématoire IV est inutilisable depuis octobre à la suite d’une révolte du sonderkommando) sont dynamités 20. Avant cela, les nazis prennent soin d’assassiner la plupart des témoins oculaires du génocide et particulièrement ceux des Juifs qui avaient travaillé dans les crématoires. D’une manière générale, les SS tentent, dans la seconde moitié de l’année 1944, de détruire et d’effacer les traces des crimes commis. Ils brûlent les listes des Juifs exterminés, une partie des dossiers et de la documentation. Ils font nettoyer et recouvrir de terre par des déportés les fosses contenant des cendres de victimes.

Les nazis ne mettent fin aux travaux d’agrandissement d’Auschwitz (camp souche et Birkenau) qu’à la fin de l’année 1944. Les travaux d’extension de certains des camps auxiliaires continuent pratiquement jusqu’à la libération.

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Le camp se dépeuple progressivement. Les détenus évacués sont soit employés dans des usines d’armement situées plus à l’intérieur du Reich (principalement des Polonais et des Soviétiques), soit conduits vers d’autres camps de concentration dans le cadre des marches et des transports de la mort.

Les marches de la mort, endurées par des détenus épuisés, sans manger ou presque, dans un froid glacial, sont responsables de plusieurs dizaines de milliers de morts 22.

Le 17 janvier 1945 a lieu le dernier appel général. Y sont présents 67 000 déportés dont 31 800 à Auschwitz I et II et 35 100 dans les camps auxiliaires dépendant de Monowitz. Le camp d’Auschwitz est libéré par l’Armée rouge le 27 janvier 1945.

Le camp souche d’Auschwitz I et celui d’Auschwitz II —Birkenau sont libérés par les soldats de la soixantième armée du front ukrainien dans le cadre d’une offensive sur la rive gauche de la Vistule.

Ceux-ci y pénètrent à la suite de combats qui font 66 morts parmi les Soviétiques. 7000 déportés, maintenus dans le camp, survécurent jusqu’à la libération. Les soldats soviétiques ont découvert sur place environ 600 corps de détenus, exécutés par les SS pendant l’évacuation du camp ou morts d’épuisement.

Ces hommes et ces femmes ont remporté là une victoire morale qui doit être enseignée à la jeunesse, en même temps que les nazis vainqueurs provisoires resteront honnis à jamais.

NOTES

 

 

 

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