You are here: Home » histoire » Le sauvetage des enfants juifs en France durant la Seconde Guerre mondiale par Joël Guedj

Le sauvetage des enfants juifs en France durant la Seconde Guerre mondiale par Joël Guedj

En France, bien avant les premières déportations de mars 1942, la Résistance s’organise. Le sauvetage des enfants constitue la première forme d’action engagée par les organisations juives avec des organisations non-juives.

Dès le 15 juin 1940, le jour même où la Gestapo s’installe à Paris, une dizaine d’organisations juives d’assistance se coordonnent secrètement.

Tous se posent ces questions : comment aider tant de Juifs nécessiteux ? À qui les moyens manquent-ils pour rejoindre ceux qui ont fui devant l’invasion allemande ? Comment leur porter secours, alors qu’à Paris aucune œuvre juive de bienfaisance ne fonctionne plus ?

Les organisations décident alors de créer le Comité de la rue Amelot qui regroupe cinq œuvres, parmi lesquelles La Colonie scolaire avec son dispensaire, La Mère et l’enfant, les services de la Fédération des sociétés juives. L’âme de l’insoumission est David Rappoport.

Exilé russe à Paris, il incarne la fraternité et la générosité. Dès les premières persécutions, Rappoport va lancer la Résistance dans l’action de camouflage, de fabrication de faux papiers, de caches d’enfants. Henri Bulawko, quant à lui, s’occupe du réseau des faux papiers.(1)

Afficher l'image d'origine

À Lyon, le réseau Georges Garel ( 2)créé en août 1942, permet de sauver plus de mille six cents enfants. Garel demande l’aide de monseigneur Salièges.

Afficher l'image d'origine

Le circuit Garel est souple : chaque maille est séparée, si l’une d’elles est repérée par la police, les autres ne sont pas menacées. Garel se préoccupe aussi de mettre au point un système qui permettrait, une fois la guerre terminée, d’établir la véritable identité des enfants.

Le 1er juin 1941, au 25 de la rue d’Italie, le centre marseillais de l’OSE — Organisation de sauvetage des enfants — ouvre ses portes grâce à l’aide de l’organisation américaine humanitaire l’Unitarian Service Commited (USC) qui apporte des fonds importants.

Dans l’équipe de direction de l’OSE 26, on compte un délégué américain, un catholique, le docteur Zimon, et le représentant de la Jeunesse juive de France à Marseille, Julien Samuel. Les priorités concernent avant tout l’assistance médico-sociale aux enfants et aux adultes.

Résultat de recherche d'images pour "ose à marseille julien samuel"

Grâce à l’OSE, plusieurs milliers d’enfants seront sauvés par leur déplacement en zone sud. L’OSE disperse les enfants dans les œuvres, familles chrétiennes et laïques.

Au sein du Comité de Nîmes, formé par une vingtaine d’associations caritatives, protestantes et juives, le sauvetage des enfants s’était organisé dès novembre 1940, et trois cents enfants avaient pu partir vers les États-Unis.

Lorsque, en juin 1943, sonne l’heure de la clandestinité, l’OSE concentre ses forces dans le sauvetage des enfants en les « plaçant » avant de les envoyer hors des frontières.

Si l’œuvre bascule alors dans la clandestinité totale — les maisons encore en fonction sont fermées — celle d’Izieu dans l’Isère reste en activité jusqu’en 1944, mais les liens avec l’OSE sont coupés.

Dès lors, Sabine Zlatin 27, infirmière de la maison,  multiplie les démarches afin de disperser les enfants dans des lieux sûrs. Courant février 1944, elle cherche à céder la maison au Service social d’aide aux émigrants. Elle prévoit de transférer les enfants dans l’Hérault.

Le 5 mars 1944, Pierre Wiltzer est muté dans un autre département. La colonie perd son principal protecteur et se retrouve complètement isolée 28.

La dispersion est prévue pour le 11 avril. Le 2 avril, Sabine Zlatin se rend à Montpellier qu’elle considère comme sa base arrière.

Afficher l'image d'origine

 

L’abbé Prévost lui propose de cacher une douzaine de garçons dans un établissement religieux. Mais il est déjà trop tard.

La rafle a lieu lors de son déplacement. Sabine Zlatin reviendra sur le devant de la scène lors du procès Barbie.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’American Friends Service Committee, organisation de secours quaker, fournit des aides (nourriture, abris etc.) à des milliers de réfugiés juifs – en particulier des enfants – en France.

Au cours des années 1941 et 1942, l’AFSC, une organisation des quakers, choisit des enfants juifs parmi ceux qui se trouvaient dans des foyers et des camps de réfugiés du sud de la France pour les transférer aux États-Unis, sous les auspices du Comité américain de protection des enfants européens. Les démarches de l’AFSC ont montré que les activités interconfessionnelles en faveur des Juifs européens pouvaient être couronnées de succès.

 

Les Éclaireurs Israélites de France (EIF), Mouvement scout créé dans les années 20, tout comme l’OSE, ont pour préoccupation majeure le sauvetage des enfants. Grâce à leur aide, plusieurs centaines d’enfants réussissent à gagner la Suisse.

En 1943, les EIF passent dans la clandestinité. Les rafles se multiplient. Un organisme de sauvetage clandestin, la Sixième, est créé. Il s’agit de placer des jeunes munis de faux papiers dans des internats et des familles. L’action concerne aussi le sauvetage des adultes. Les formes d’action se diversifient. Toutefois, la répression s’abat sur les responsables de la Sixième : Mila Racine, convoyeuse d’enfants, est prise à la frontière suisse. Elle meurt en déportation en 1943.

Arrêtée avec les enfants qu’elle veut faire passer en Suisse, Marianne Cohn est assassinée en 1944. Dans le poème « Je trahirai demain », elle laisse un témoignage bouleversant.

Je trahirai demain, pas aujourd’hui

Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles !

Je ne trahirai pas.

Vous ne savez pas le bout de mon courage.

Moi, je sais.

Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.

Vous avez aux pieds des chaussures

Avec des clous.

Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.  Demain.

Il me faut la nuit pour me résoudre.

Il ne me faut pas moins d’une nuit

Pour renier, pour abjurer, pour trahir.

Pour renier mes amis.

Pour abjurer le pain et le vin.

Pour trahir la vie.

Pour mourir.

Je trahirai demain. Pas aujourd’hui.

La lime est sous le carreau

La lime n’est pas pour le bourreau,

La lime n’est pas pour le barreau,

La lime est pour mon poignet,

Aujourd’hui, je n’ai rien à dire.

 Je trahirai demain

  

Marianne COHN dite Colin  (1922-1944)  

    

Poème écrit en cellule en novembre 1943

Marianne Cohn est née à Mannheim en 1922, dans une famille d’universitaires de gauche d’origine juive mais plutôt détachée de la tradition juive et fortement assimilée. Cette famille est bouleversée par l’irruption du nazisme. Entre 1934 et 1944, elle connaît plusieurs exils : la famille part pour l’Espagne, Marianne et sa sœur sont envoyées à Paris.
Dès 1941, la jeune Marianne entre en résistance puis participe à la construction du MJS (mouvement de la jeunesse sioniste). De septembre 1942 à janvier 1944, sous le pseudonyme de Colin, elle a pour tâche de faire passer des enfants juifs vers la Suisse. Arrêtée en 1943, elle est relâchée au bout de trois mois. C’est de cette période que l’on date – sans en être absolument sûr – la composition du poème « Je trahirai demain ».
Le 31 mai 1944, elle est à nouveau arrêtée à Annemasse (probablement dénoncée) alors qu’elle a en charge une trentaine d’enfants et que seulement 200 mètres les séparent de la frontière suisse.

Malgré la torture, elle ne livre aucune information à la Gestapo et refuse la proposition d’évasion de son réseau par crainte des représailles sur les enfants. Emmenée dans la nuit du 7 au 8 juillet 1944 par la Gestapo, elle est assassinée à coups de bottes et de pelles.

Selon l’historienne Annette Wievorka, le rôle de toutes les associations est fondamental, on estime que près de 10 000 enfants ont été ainsi sauvés. En effet, les déportations ont touché deux fois plus les adultes que les enfants.

Joël GUEDJ

(1) Rapoport, David

Le 15 juin 1940, au lendemain de l’invasion allemande à Paris, une réunion a lieu chez l’avocat Léo Glaeser, à laquelle assistent des délégués des organisations juives qui créent le comité Amelot. Celui-ci commence son activité dès septembre 1940 sous la direction du journaliste David Rapoport. À cette époque, le comité, qui représente les « immigrés juifs », prend contact avec les « Français » par l’intermédiaire du grand rabbin Weill. Il est convenu que le comité travaillera de manière indépendante. Il gère les quatre cantines juives de Paris, les maisons d’enfants de La Varenne-Saint-Hilaire, le dispensaire de la rue Amelot. Le comité veut nourrir ceux qui ont faim, vêtir ceux qui ont froid, procurer des couvertures aux internés et prendre en charge leurs familles. Après les arrestations de mai 1941, David Rapoport intensifie actions de son groupe. Il obtient de la Croix-Rouge qu’elle transmette aux internés des colis confectionnés par le comité. Il sollicite les dons des Juifs. Plus tard, le Joint, avec Maurice Brener, fournira des subsides au comité Amelot. Sachant que la rafle du 19 juillet 1942 va avoir lieu, Rapoport envoie une équipe pour prévenir les Juifs. Un groupe de jeunes l’a déjà rejoint, dont Henry Bulawko. Il charge ce dernier de créer un service de faux papiers et organise un service de planquage. Il envoie des enfants dans des familles d’accueil. Il travaille avec Mme Averbuch et le Pr Eugène Minkovski de l’OSE. Envoie des assistantes sociales à Poitiers pour aider le rabbin Élie Bloch car celui-ci ne peut entrer dans les camps de la région. Rapoport refuse que son comité adhère à l’UGIF. Pendant trois semaines, il dirige Amelot par téléphone. À son retour, il est dénoncé, et c’est le chef de la Gestapo en personne, Danneker, qui vient l’arrêter le ler juin 1943. Incarcéré au fort de Romainville, où sa conduite est exemplaire, il est transféré à Drancy le 6 octobre 1943 et déporté le lendemain par le convoi 60 vers Auschwitz, où mourra d’épuisement le 2 juillet 1944.
Numéro de son dossier déposé au Mémorial de la Résistance juive en France à Yad Vashem Jérusalem : 37.
(2) Georges Garel, de son vrai nom Grigori Garfinkel est né le 1er mars 1909 à Vilnius. En 1926, il gagne Paris.
Il passe avec succès son bac puis s’inscrit au Polytechnicum de Zurich d’où il ressort avec le titre d’ingénieur électricien.

En août 1942, il se trouve à Lyon et travaille en tant qu’ingénieur électricien en charge d’un service important de constructions électriques pour la Compagnie électro-mécanique. C’est alors qu’il rencontre l’Abbé Glasberg, Nina Gourfinkel, Raymond Winter, tous engagés dans des la clandestinité notamment pour aider les Juifs. L’Abbé Glasberg et Charles Lederman représentant de l’O.S.E. en zone sud l’introduisent dans le fort de Vénissieux transformé en camp pour y regrouper les 1 200 Juifs étrangers arrêtés le 26 août 1942 et destinés à être déportés.

Georges Garel mettra en place le « circuit Garel », réseau de sauvetage des enfants de l’ OSE qui porte son nom ; directeur général, puis président de l’OSE-France.

Le 23 août 1942, Georges Garel est amené à participer à la commission de « criblage » des 1 200 juifs de la région lyonnaise arrêtés lors des rafles de l’ été 1942 et internées au camp de Vénissieux, avec l’OSE, les Éclaireurs Israélites de France, les Amitiés Chrétiennes et plusieurs autres organisations humanitaires, composée, entre autres, de l’Abbé Glasberg*, de Germaine Ribière*, de Charles Lederman, de Gilbert Lesage* et du Dr Joseph Weill.
Ils parvinrent à sauver momentanément 160 adultes, dont 80 furent à nouveau interpellés le lendemain, puis 108 enfants dispersés avec de faux papiers dans des institutions catholiques.

En décembre 1942, le Dr Joseph Weill demande à Georges Garel, de constituer un réseau clandestin permettant de cacher les enfants, c’est ainsi que sera créé le « circuit Garel », réseau de sauvetage des enfants de l’OSE afin de disperser les enfants au sein de la population et dans des institutions chrétiennes ou laïques, tout en gardant contact avec eux et de les retrouver après la Libération.

Plus d’une douzaine d’ organisations catholiques, protestants, laïques, officielles ou privées, prêtèrent leur assistance à ce réseau, qui couvrait trente départements et permit de sauver près de 1 500 enfants de l’ arrestation.

Georges Garel, avait épousé en 1943 à Lyon

Lily Tager (dite Élisabeth-Jeanne Tissier). Georges et Lily Garel ont eu sept enfants.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *