You are here: Home » fêtes juives » Qui est Ruth la Moabite selon André Neher et Manitou ? Par Alice Benchimol

Qui est Ruth la Moabite selon André Neher et Manitou ? Par Alice Benchimol

Le premier jour de Chavouot (Fête des Semaines) nous lisons le matin, les »Dix Paroles » révélées au Sinaï et l’après-midi, le livre de Ruth (qui fait partie des hagiographes).

Une parution de ce livre illustré par le peintre Isaac, a pour introduction une réflexion de deux grands penseurs et exégètes de la pensée juive : les théologiens André Néher et Léon Achkénazi (Manitou).

Je souhaite vous restituer cette analyse mais je résume tout d’abord le contexte de ce personnage central, Ruth La Moabite qui demeure dans notre tradition la figure de référence de ce que peut être une conversion authentique et désintéressée du « guer tsadik ».

L’histoire se passe à l’époque des juges. Un homme Elimélek (de la tribu de Benjamin) décide de quitter Bethléhem en Juda avec sa femme Noémie et ses deux fils, Mahlon et Kilion, en raison d’une, en raison d’une famille, pour se rendre en pays de Moab, se détournant ainsi de ses frères qu’il aurait pu aider. Abimélek meurt et ses deux fils épousent des femmes moabites, l’un Orpa et l’autre d’enfants, Noémie décide de retourner vers les siens en Juda.

Elle prend la route accompagnée de ses deux brus, veuves également. En chemin elle essaie de les convaincre de ne pas la suivre car elles auraient plus de chance de refonder un foyer en retournant vers leurs familles. A cette idée elles pleurèrent ne voulant la quitter.

Mais Noémie continue à les persuader et Orpa   accepte de rebrousser chemin. Ruth elle, continue à vouloir s’attacher aux pas de Noémie et lui dit :

« N’insiste pas pour que je m’éloigne de toi car partout où tu iras, j’irai, où tu demeureras, je veux  demeurer ; ton peuple sera mon peuple sera mon peuple, ton D. sera mon D. ; Là où tu mourras, je veux mourir aussi et y être enterrée, Que D. m’en fasse autant ou plus si jamais je me sépare de toi, autrement que par la mort ».

La suite de ce texte nous le relirons à Chavouot. Si j’ai voulu rappeler le début de ce évènement c’est pour mieux cerner les points qui caractérisent le rattachement de cette convertie au peuple d’Israël et qui résume à elle seule les critères retenus pou une conversion sincère et authentique.

  • Ruth a usé de son libre arbitre pour suivre les pas de Noémie.
  • Elle veut embrasser le D. , la foi et la Loi d’Israël.
  • Elle le fait dans un désintéressement total.

Il  y a de quoi faire un parallèle avec les hébreux, au pied du Sinaï, qui acceptent la Loi, s’engagent à s’attacher au D. de la révélation et dirent : « Nous ferons et nous comprendrons » avec plein désintéressement. Mais à mon humble avis, Ruth est allée plus loin car les textes nous enseignent que les hébreux ont été quelque part contraints dans leur choix quand D. à qui tous les autres peuples avaient refusé la Thora et ayant besoin d’un peuple par qui transmettre les lois de vie et éthiques sans lesquelles le monde n’aurait pu subsister, dit aux hébreux : « Si vous acceptez, vous serez mon peuple, mes élus mais si vous refusez ce sera ici votre tombeau ! ».

Ruth, elle, n’a eu besoin d’aucune pression, elle choisit dans un libre arbitre absolu. A.B.

Laissons, maintenant, la parole à André Neher :

Il écrit : « Fatalité, destin, hasard, instant, discontinuité d’une part ; liberté, destinée, providence, éternité, chaîne d’autre part : tels sont les éléments d’une théodicée dont la démonstration nous est proposée dans le livre de Ruth. Si l’histoire commence de plein pied par l’exposé de la crise, la suite c’est l’histoire de l’issue. Sur les frêles épaules de deux femmes Noémie et Ruth repose l’avenir d’une famille, l’espoir d’un renouveau possible. Pour que cela soit, les femmes vont-elles se cantonner dans leur misère et attendre avec résignation le miracle de la grâce ? Ruth s’y refuse. Elle tente le premier pas, elle oriente son action selon la volonté divine. Etrangère, pauvre, veuve, elle accomplit la mitsva que propose la Thora : «  le léquet » (la glane).

« Le livre de Ruth définit la mitsva comme une efficience métaphysique. Ancrée dans l’existence concrète et vécue, la mitsva prend corps ou s’évanouit selon que le juif accepte ou refuse de la réaliser. C’est de cette acceptation ou de ce refus que dépendent succès ou échec, démonstration d’une théodicée. Ce sont « ces quatre coudées » de la halaha que D. s’est réservées dans le monde et qui mènent à Lui. Avec un passé qui semblait irrémédiablement perdu, Ruth, Noémie, Le Ploni-Almoni et Boaz restituent à la mitsva sa capacité débordante « d’eaux vives ».

Ecoutons maintenant Léon Achkénazi : « Le Livre de la Thora (Loi selon le Créateur) commence par le récit généalogique des lignées humaines. Jusqu’au temps des patriarches où par Léa et Rachel fut enfanté Israël,  c’est toute l’humanité qui attend le Messie, dans la patience de D., mais depuis Abraham, Isaac,  Jacob, Juda et ses frères, c’est D. qui attend dans la patience d’Israël.

Et certes, on  aurait jamais compris le secret de l’attente de D., si le livre de Ruth ne nous donnait la consolante, si consolante ! Explication. En Israël, au temps des moissons, Boaz descendant de Juda est là. Ce miracle c’est la fidélité d’Israël à lui-même. Mais pour que Boaz soit l’ancêtre du Roi David, il faut que vienne Ruth ramenant avec elle-en grâce et en charité- la promesse de retour des lignées de l’échec. Ruth est issue de Moav, de la plus grande désespérance, celle des filles de Loth qui cohabitèrent avec leur père après Sodome et Gomorrhe !

Avec Ruth, l’histoire redémarre en Moav et s’achève avec le nom de David. «  Il est né un fils à Noémie », c’est le fils de Ruth et c’est pour lui que se prépare à la quatorzième génération d’Abraham, la naissance de David. Comme pour la lune  à l’apogée de sa lumière, selon le rythme où se compte le temps d’Israël, apparaît le Roi David qui signifie « Le Bien-Aimé ».

Il est cette manière d’être Homme grâce à qui D. peut connaître sa Louange Vraie.  Il est cette manière d’être Roi où D. reconnaît sa véridique Royauté. Il est cette manière d’être Israël grâce à qui peut naître Le Messie d’Israël !  Il y a longtemps qu’avec Juda pour Tamar la cananéenne et Boaz avec Ruth ma moabite nous avons dit « Amen » !

BONNES FÊTES de CHAVOUOT  à TOUS !

 

 

 Alice Benchimol

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *