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Révoltes dans le camp d’extermination de Sobibor par Joël Guedj – vidéos

Si Belzec a été le premier des trois camps d’extermination massive construits à la fin de l’automne 1941, dans le cadre de l’Aktion Reinhard 14 confiée au général SS Globocnik, Sobibor, le second, est prêt à entrer en fonction à la fin d’avril 1942. Il est destiné à la destruction des juifs de la région de Lublin.

 

La construction commence en mars 1942, sous la direction du SS Thomalla. Elle est supervisée par le SS Christian Wirth qui, au début d’août 1942, sera nommé inspecteur des trois camps de l’Aktion Reinhard.

Empilement ordonné de rails avec leurs traverses

Monument reconstituant un bûcher à Belzec.

Le 28 avril, Globocnik désigne le SS Franz Stangl comme commandant du camp de Sobibor. Il y reste trois mois jusqu’en juillet, où il devient commandant du camp de Treblinka. C’est le SS Franz Reichleitner qui lui succède à Sobibor.. Comme Stangl Reichleitner a fait partie du personnel chargé de l’euthanasie forcée des malades mentaux menée dans le cadre de l’Aktion T4, au cours de laquelle ils ont tous deux travaillé avec Christian Wirth

Ainsi que le relate le SS Erich Fuchs dans son témoignage devant ses juges, au milieu d’avril 1942, Wirth vient assister aux essais :

« Sur les instructions de Wirth, je partis avec un camion pour Lvov, où je pris livraison d’un moteur à asphyxier, que j’ai transporté à Sobibor. C’était un moteur lourd à essence, d’origine russe, vraisemblablement un moteur de blindé ou le moteur d’un tracteur, d’une puissance d’au moins 200 chevaux (moteur en V, huit cylindres, refroidissement par eau). Nous l’avons installé sur un socle de béton et nous avons mis en communication le pot d’échappement et la conduite. Le chimiste, que je connaissais déjà de Belzec, se rendit dans la chambre à gaz avec un instrument de mesure pour vérifier la concentration des gaz. A la suite de ce contrôle, on fit un gazage d’essai. Je crois me rappeler que de trente à quarante femmes furent gazées dans une chambre à gaz. Les juives avaient dû se déshabiller dans un abri ouvert sur les côtés, édifié sur le sol même de la forêt au voisinage des chambres à gaz. Des SS et des auxiliaires ukrainiens les poussèrent vers la chambre à gaz. Lorsqu’elles y furent enfermées, je me suis occupé du moteur avec Bauer. Il a d’abord tourné à vide. Puis nous avons fait passer les gaz de l’échappement libre dans la direction des cellules, de sorte qu’ils parvenaient dans la chambre. Sur le conseil du chimiste, j’ai réglé le moteur à un certain nombre de tours: il n’était plus besoin ainsi de l’accélérer par la suite. Dix minutes plus tard, les trente à quarante femmes étaient mortes. Le chimiste et le Führer SS donnèrent l’ordre d’arrêter le moteur. Je ramassai mes outils 15… »

Au cœur du processus d’extermination, le camp III contient les chambres à gaz, les fosses communes, un baraquement pour les membres du Sonderkommando et un autre pour des gardes ukrainiens.

Les fosses communes, longues de cinquante à soixante mètres, larges de dix à quinze mètres et profondes de six mètres, avec des parois pentues, sont directement reliées à la gare du camp par une voie ferrée étroite pour y amener les cadavres des déportés morts pendant le transport.

Il est ceinturé par des tours de garde et une double barrière de barbelés. Les premières chambres à gaz se trouvent dans un bâtiment en briques, divisé en trois salles identiques, de quatre mètres sur quatre, qui peuvent chacune contenir de 150 à 200 personnes.

Elles sont camouflées en douches avec une installation sanitaire fictive. Les six portes (trois pour faire entrer les victimes, trois pour retirer les cadavres) sont dotées d’une forte garniture de caoutchouc et s’ouvrent toutes vers l’extérieur. Accolé au bâtiment se trouve un appentis où est installé un moteur de char russe T-34 destiné à produire les gaz asphyxiants à travers une conduite spéciale traversant les salles de part en part.

À la fin de 1942, la quasi-totalité des ghettos juifs du Gouvernement général ont été détruits. Le , Himmler, qui a visité le camp en février, ordonne donc de transformer Sobibor en camp de concentration. Cet ordre signifie l’arrêt de mort des Arbeitsjuden qui travaillent aux quais d’arrivée des déportés et dans le camp III.

Il est évident pour eux qu’étant témoins de l’extermination de dizaines de milliers d’innocents, les SS ne permettront pas à un seul d’entre eux de rester en vie. Ils apprennent le soulèvement des déportés à Treblinka début août et un projet de révolte se met en place.

La révolte de Sobibor, quant à elle, éclate en octobre 1943.

On ne compte que peu d’évasions à Sobibor en comparaison de Treblinka. Le camp est conçu de telle manière qu’il décourage toute fuite. Quelques tentatives d’émeutes et d’opposition viennent des nouveaux arrivés, mais sans résultats tangibles.

Comme à Treblinka, les prisonniers sont concentrés dans deux sections et savent qu’ils seront éliminés tôt ou tard.

En juillet 1943, un réseau clandestin se forme et prépare des troubles de grande envergure autour de Léon Feldhendler. Sur les six cents prisonniers juifs, hommes et femmes, seule une quarantaine fait partie de l’organisation. Le plan veut exploiter la nuit, en creusant un tunnel tout en éliminant les SS attirés dans les différents ateliers.

Pour mener des tentatives d’évasions collectives, les prisonniers organisés doivent résoudre le problème du minage disposé autour du camp. Un des objectifs prioritaires sera donc d’entrer en contact avec des militaires, spécialistes des affaires de déminage. Un officier hollandais, Joseph Jacob, est le premier contact de ce genre. Il réunit autour de lui un groupe hollandais qui établit le déroulement des opérations en collaboration avec le groupe de Feldhendler. Des Ukrainiens se joignent à la révolte.

Les prisonniers se préparent à pénétrer dans le dépôt d’armes, pendant que les SS sont dans leur salle à manger. Ils cherchent à créer une percée à travers l’entrée principale du camp et à s’enfuir dans les forêts avoisinantes, mais le plan échoue. Jacob est arrêté, exécuté ainsi que soixante-douze autres Juifs hollandais.

L’arrivée, en septembre 1943, d’un groupe de prisonniers de guerre russes et juifs, venant de Minsk, marque le tournant de l’organisation du réseau. Parmi les nouveaux, Alexandre Petchersky 16, surnommé « Sacha », capitaine de l’armée rouge, s’affirme comme le chef de ce groupe. Feldhendler prend contact avec lui et les relations se créent bientôt entre les anciens prisonniers qui connaissent l’endroit et le groupe de soldats entraînés.

Le programme est mis au point en coopération avec les kapos juifs du camp qui demandent à se joindre à l’organisation. Les kapos doivent faire un rassemblement de prisonniers et les mener en rang jusqu’à l’entrée du camp, tout en donnant à cette démarche un caractère officiel suivant les instructions du jour.

L’émeute est déclenchée 14 octobre 1943. Onze SS sont tués sans un coup de feu, et parmi eux, Neumann le commandant du camp. Les fils de téléphone et d’électricité sont débranchés, les véhicules sont sabotés. Mais à cause d’un incident, la marche vers le portail se transforme en champ de tirs. Nombre de prisonniers se dirigeant vers le champ de mines sont tués dans l’explosion. Sur les six cents prisonniers, trois cents réussissent à franchir les barbelés et à s’enfuir.

La révolte de Sobibor et les pertes qu’elle coûta aux SS feront une grande impression. Les SS composent une unité spéciale chargée de traquer les fugitifs. Sobibor est relativement proche des forêts, et cet élément est favorable aux évadés. Piechersky et ses hommes traversent le Bog à l’est et se joignent aux partisans russes. Plus tard, Piechersky publiera ses mémoires 17, et relatera la période au camp, l’organisation et la réalisation du plan de fuite.

Feldhendler sera tué en avril 1945, par des Polonais qui assassinent des rescapés.

Cette révolte organisée fut l’une des trois qui éclatèrent dans les camps d’extermination, avec celle de Treblinka le et celle du Sonderkommando de Birkenau le .

Joël GUEDJ

 

Thomas Blatt, évadé du camp de Sobibor rattrapé par la mort ( 4.11.2015)

Il était un des rares rescapés de la révolte qui, le 14 octobre 1943, a surpris les SS qui gardaient le camp d’extermination.

Thomas Blatt en 2013 à Sobibor pour les 70 ans de la révolte | Anton Kurt via Flickr CC License by
Thomas Blatt en 2013 à Sobibor pour les 70 ans de la révolte | Anton Kurt via Flickr CC License by

Initialement, une occurrence de cet article mentionnait le camp de Sobibor comme «un camp polonais». Cet élément a été modifié et il est à présent question d’«un camp nazi situé dans l’actuelle Pologne».

Ce week-end est mort, dans son domicile californien, un homme qui avait jusqu’ici réussi à tromper la mort: Thomas Blatt, 88 ans, survivant du camp de Sobibor. Non seulement, celui qui est né juif polonais en 1928 est parvenu à échapper aux SS et à leurs chambres à gaz mais il n’a pas été contraint d’attendre la fin de la guerre pour fausser compagnie aux nazis. Le 14 octobre 1943, il a fait partie de la révolte qui permit à 300 juifs de sortir du camp d’extermination. Mieux, avec 52 de ses compagnons d’audace, il a survécu à la guerre. Le Washington Post raconte cette histoire rocambolesque.

C’est à 15 ans que Thomas Blatt s’engage dans cette bataille pour la dignité. En tentant de se révolter, il ne croit pas une seconde à ses chances de survie. «Nous espérions simplement détruire le camps et mourir fauchés par les balles plutôt que par le gaz.» Ce soir-là, les déportés ne disposent que de couteaux rudimentaires et de haches (obtenus via le Kommando chargé de couper du bois en forêt).

Le manteau chez le tailleur

Mais comment enclencher un combat frontalement contre des SS mieux armés et mieux nourris? Pour se donner davantage de chances, les mutins utilisent un stratagème pour affaiblir discrètement la défense du camp. Thomas Blatt va trouver les officiers en faction un à un et les informe qu’un manteau neuf les attend chez le tailleur. Dans le baraquement du tailleur, une dizaine de nazis est ainsi éliminée.

Malheureusement, les révoltés sont découverts trop tôt et ils jouent leur va-tout en tentant de courir hors du camp en profitant de cet encadrement allégé. La plupart est tuée par les rafales de mitrailleuses et les champs de mines entourant le camp, d’autres sont bien vite repris. Thomas Blatt parvient à se cacher dans la forêt avant de gagner avec deux autres, une ferme polonaise dont ils soudoient le propriétaire pour rester cachés. Au bout de quelques mois, l’agriculteur prend peur et tente d’abattre ses encombrants locataires. Thomas Blatt est le seul à survivre, la mâchoire en vrac.

«Je ne suis jamais parti de Sobibor»

Au début des années 1950, il émigre en Israël avant de partir aux États-Unis. Là-bas, il fonde un foyer et trois magasins d’électronique. Mais rien n’y fait: «Je ne suis jamais parti de Sobibor, c’est toujours mon point de référence», dit-il en 2010. Il est d’ailleurs fréquemment retourné sur les lieux durant son existence.

Ce n’est bien sûr pas la première fois qu’on relate la grande évasion de Sobibor. En 2001, Claude Lanzmann réalise le documentaire Sobibor, 14 octobre, 16 heures, grâce à un entretien avec Yehuda Lerner, un autre rescapé de ce camp nazi situé dans l’actuelle Pologne.

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